
D'où vient le goût ?


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La plupart des gens pensent que le goût est une affaire
de palais ou de langue. Erreur, c'est une affaire de nez !
Aussi surprenant que cela puisse paraître, le goût
provient essentiellement de l'olfaction et plus
précisément de l'olfaction rétro-nasale ou
rétro-olfaction.
Inhalées, certaines molécules constituant l'aliment
se
libèrent et stimulent immédiatement les récepteurs
olfactifs situés au-dessus de la cavité nasale.
Ce sont ces récepteurs qui donnent aux aliments 80 %
de leur goût.
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Malheureuses sont les personnes qui subissent un gros rhume (nez
bouché...), car leur perception du goût des aliments
sera différente et amoindrie.
Ce sont les professionnels du vin, les oenologues, qui les premiers
ont découvert, il y a plus de cinquante ans, le rôle
joué par l'olfaction rétro-nasale dans le goût
du vin. |
Si la rétro-olfaction donne aux aliments l'arôme, d'autres
éléments importants interviennent :
1 - Au moment de la mise
en bouche de l'aliment, la salive va véhiculer d'autres
molécules, dites sapides, qui vont être captées
par des récepteurs gustatifs se trouvant dans la cavité
buccale (sur la langue et sur le voile du palais).
Ce sont ces molécules qui contribuent à ce que l'on
nomme la saveur.
2 - La couleur de l'aliment
est aussi primordial. Une expérience sur le vin a été
menée à ce sujet. Ainsi, une équipe de chercheurs
de Centre européen des sciences du goût de Dijon,
a fait goûter à des sommeliers des vins blancs. Puis,
leur a fait goûter des vins rouges cette fois. Les appréciations
entre blancs et rouges furent différentes. Logique, sauf
que dans le cas présent les vins étaient les mêmes,
les blancs ayant été coloré en rouge...Les
couleurs et donc le sens de la vue sont donc trés importants
dans la perception du goût.
3 - Les autres sens c'est-à-dire
l' ouie et le toucher, sont moins directement liés au goût
même si leurs influences est réel.
4 - Les cultures alimentaires
des peuples jouent aussi un rôle important.
Dès 1938, Lucien Fèbvre, historien français
montrait que les structures culinaires en place dans un pays ou
une région du monde résistaient aux évènements
de l'histoire, si puissants soient-ils, comme les colonisations
ou les guerres.
Les identités alimentaires se transmettent de générations
en générations, c'est un fait. Ainsi, les fameuses
"préférences alimentaires" liées
au goût sont conditionnées par de multiples facteurs
: les sens bien sûr et notamment le sens olfactif et visuel,
mais aussi l'environnement culturel.
Nems asiatiques, boudin antillais, thé à la menthe,
etc... les exemples de particularismes alimentaires sont légions.
Ces spécialités culinaires incarnent une identité
culturelle alimentaire propre et participent à la définition
de l'identité collective d'un pays ou d'un peuple.
Le Centre Européen des Sciences du Gout s'est intéressé
au sujet.
En effet, depuis plusieurs années Dominique Valentin, Maître
de conférences en Psychologie Cognitive, mène une
expérience riche d'enseignements.
Des personnes volontaires issues de pays à la culture alimentaire
différente(Etats-Unis, Vietnam et France), doivent associer
à des saveurs et des odeurs les adjectifs s'y rapportant.
Ainsi, le goût de la cannelle évoque pour les américains
du "sucré", pour les français de "l'épicé"
alors que pour les vietnamiens, cela n'évoque rien de commestible...Autre
exemple, il concerne le "duriant", un fruit d'Asie du
Sud-Est que les américains et les français associent
à un immonde goût de pourriture alors que les Vietnamiens
s'en délectent...Dans le même schéma rejet/adoration,
on peut aussi citer une spécialité islandaise, le
requin que l'on enfoui dans la terre pendant plusieurs semaines
afin de le conserver. Les islandais se régalent de ces
morceaux de requin "pourris" alors que nous...avons
goûté et rejeté définitivement !
En conclusion, on peut donc avancer que ce que l'on appelle le
goût, rassemble un ensemble de sensations olfactives, rétro-olfactives,
gustatives, visuelles et dans une moindre mesure, mécaniques.
A cela, j'ajoutent l'environnement culturel de l'individu, son
capital culinaire antérieur (souvenir des bonnes recettes
de grand-mère..) et son état psychologique du moment.
Le goût est un véritablement ensemble complexe !
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Qu'est-ce qu'une analyse sensorielle
?
C'est une analyse méthodologique et scientifique des aliments.
L'analyse sensorielle permet de juger si tel ou tel produit alimentaire
bénéficie des qualités gustatives
adéquates pour être apprécié des consommateurs.
Ce sont des tests de dégustation qui font appel aux 5 sens dont,
évidemment, le goût.
Où ?
Cette analyse peut-être organisée en interne, dans l'entreprise
et par un personnel qualifié ou à l'extérieur,
dans des laboratoires spécialisés et indépendants
où sont constitués des jurys de consommateurs. Dans tous
les cas, l'endroit doit être calme et silencieux, de préférence
neutre en terme d'odeurs et de couleurs ambiantes.
Qui ? Toute
entreprise petite, moyenne ou grosse pratique l'analyse sensorielle,
à son niveau, selon ses modes opératoires personnels.
Ainsi l'artisan, la PME, la multinationale agro-alimentaire
et bien entendu, la moyenne et grande distribution, pratiquent souvent
des analyses sensorielles sur
leurs produits avant et après commercialisation.
Ils analysent aussi ceux des concurrents en même temps.
Quand ? L'analyse
sensorielle intervient à tous les niveaux du processus de conception
d'un produit alimentaire : en recherche et développement bien
sûr, dans la phase de production et enfin, dans le cadre de la
mise en marché du produit dans une visée marketing et
commerciale.
Comment ? Il
n'existe pas de règlementation ou cahier des charges officiel
de l'analyse sensorielle. Chaque entreprise ou laboratoire est libre
d'élaborer ses propres pratiques.
Les laboratoires ont assez souvent deux types de modes exploratoires.
Le premier consiste en une batterie de tests réalisés
par des personnes expérimentées dont les compétences
d'analyse sont reconnues.
Les critères relatifs aux 5 sens sont, dans ce cas, analysés
les uns après les autres.
Le second concerne un mode plus "hédonique" où
les produits sont jugés par une population de consommateurs dits
"naifs". Là, ce qui est essentiel, c'est l'analyse
globale et spontanée de ces testeurs inexpérimentés.
Pourquoi ?
L'analyse sensorielle est intéressante à plus d'un titre.
D'abord et surtout pour l'industrie agro-alimentaire et la grande distribution
car elle permet d'expérimenter
des assemblages, des combinaisons naturelles ou artificiels de composants
(molécules chimiques
olfactifs, colorants, exhausteurs de goût, etc...) dont la vocation
est avant tout de séduire et fidéliser les consommateurs.
Ensuite, l'analyse sensorielle est intéressante pour les laboratoires
qui sont très sollicités par les acteurs de la filière
agro-alimentaire.
Enfin, n'oublions pas tout de même les consommateurs, car on peut
encore espérer que, malgré les nouveaux "arrivants"
dans le métier, comme la "langue artificielle" ou le
"nez électronique", le jugement humain persiste et
signe la défense de la qualité et du goût naturel...
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