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Jean-Jacques
MENNILLO est le Président de l'Institut
Européen de la Traçabilité @agroalimentaire,
une association créée en juillet 2003 et dont la
vocation est d'organiser et mettre en place une base entreprise
de traçabilité, gérée par les PME
et les professionnels de l'agro-alimentaire et uniquement par
eux. Car, il faut noter que certaines grandes chaînes de
distribution s'associent actuellement entre elles afin de développer
une base de traçabilité concernant les entreprises
qui travaillent seulement à marques de distributeur. Ici,
c'est du côté production marque nationale que l'on
se place et il est a souligner que même si cette base sera
sans doute interfacée avec les bases MDD de la distribution,
elle gardera néanmoins une totale indépendance.
Jean-Jacques MENNILLO est consultant International en agro-alimentaire,
spécialiste de la traçabilité, de l'organisation
des process et des marchés. Il créé M-Management
en mai 2002, une société de consulting dans la mise
en marché des produits agro-alimentaires frais et vivants.
Auparavant, fort d'une expérience professionnelle en agro-alimentaire
de près de 35 ans, ce chef d'entreprise a dirigé
pendant plusieurs années AMI Consulting & NTI un groupe
ayant créé la plus grande base de donnée
mondiale de traçabilité des produits agro-alimentaires.
Cette année, une nouvelle réglementation européenne
sur la traçabilité des matières premières
et des produits va venir bouleverser la donne économique
actuelle notamment sur les marchés agro-alimentaires à
l'exportation.
Interview
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Guide du Gourmet : Comment s'est créé
l'Institut européen de la traçabilité agro-alimentaire
?
Jean-Jacques MENNILLO : "
Il y a plusieurs années que nous étions informés
des travaux de la DG Santé des Consommateurs à Bruxelles,
sur un texte qui imposerait la traçabilité totale. Il
est sorti en 2002 et il est très vite apparu que les entreprises
petites et moyennes n'étaient pas toutes très avancées
dans la mise en place des procédures pouvant conduire à
la traçabilité des productions.
Dans le cadre d'une activité de consulting dans l'agro-alimentaire
mes collaborateurs et moi-même avons donc commercialisé
des interventions auprès des entreprises qui souhaitaient intégrer
cette évolution au plus vite. Début 2003 deux phénomènes
sont apparus : La multiplication des demandes auxquelles nous ne pouvions
pas faire face et la prise de position très claire de certains
grands groupes de distribution qui ont fait de la traçabilité
un avantage concurrentiel.
C'est à ce moment là que nous avons créé
l'Institut avec 3 objectifs très clairs :
- Les petites entreprises en demande de conseils, non seulement ne pouvaient
pas dépenser des sommes importantes en honoraires, mais encore
étaient trop nombreuses pour que nous puissions raisonnablement
faire face. Nous avons pensé que la mutualisation du conseil
au travers d'un outil approprié et pour une cotisation annuelle
faible, permettrait de répondre aux attentes de chacun.
- Il était par ailleurs hors de question pour nous, que la base
de données de traçabilité inter-entreprise puisse
un jour être pilotée par le monde de la distribution. Au
nom des opérateurs, dont une partie plus ou moins grande des
productions allaient directement à la distribution, nous avons
mis en garde le monde de l'agroalimentaire contre ce risque. Et nous
continuons. Il faut comprendre que les grandes associations professionnelles
de nos métiers, ont des adhérents qui TOUS, fournissent
la grande distribution. Elles ont du mal à adopter un parler
franc, mais nous savons qu'elles sont vigilantes sur ce point capital
et stratégique. Nous, nous considérons comme libres d'exprimer
tout haut ce que les autres pensent tout bas.
- Enfin, et pour être logiques, nous allons créer avec
de très grands groupes techniques, étrangers à
l'agroalimentaire, une base de données transversale, qui sera
pilotée par les professionnels de nos filières et par
eux seuls, sans intervention d'aucun groupe de pression, ni économique,
ni politique, ni syndical."
Guide du Gourmet : Pouvez-vous nous expliquer
ce que la nouvelle réglementation européenne sur la traçabilité
va changer pour les entreprises agro-alimentaires françaises
?
Jean-Jacques MENNILLO : " Normalement, ce texte ne devrait
pratiquement rien changer, en fait ce sera une véritable révolution
ou plutôt
évolution. J'explique pourquoi : toutes
les entreprises devraient avoir intégré les démarches
HACCP, gestion de la qualité etc.. . La traçabilité
n'est en fait que l'aboutissement de toutes ces démarches. Le
problème c'est que toutes les entreprises ou exploitations ne
sont pas "à jour" de la mise en place de ces démarches.
Vous voyez l'étendue du problème. Nous avons en France
quelques centaines de groupes qui ont tout intégré et
pour lesquels, la traçabilité est déjà en
place, parfois depuis longtemps. Ce sont d'ailleurs ces grands groupes
là qui sont les adhérents des organisations professionnelles
dont je parlais précédemment. Par contre, nous avons plusieurs
centaines de milliers de PME plus ou moins grosses ou d'exploitations
qui vont devoir, chacune à leur niveau, franchir en moins de
12 mois une étape considérable de leur organisation interne
".
Guide du Gourmet : Le "Bio Terrorism Act"
décrété par le gouvernement américain, renvoi,
semble-t-il, aux vieux démons du protectionnisme. Sa mise en
application va entraîner de nombreuses conséquences dommageables
pour les entreprises souhaitant exporter aux USA. Quelles sont-elles
?
Jean-Jacques MENNILLO : " Ce sont ni plus ni moins que
les risques de toutes les entreprises productrices. Il faut que tout
responsable, dirigeant, investisseur de l'agroalimentaire sachent que
la traçabilité, qu'elle s'appelle règlement 178-2000
en Europe ou Bio Terrorisme Act aux USA, génère globalement
les mêmes contraintes. N'oubliez pas le dernier sondage réalisé
par Eurobaromètre à la demande de la Commission Européenne
et de l'Office de Lutte Anti Fraudes (OLAF). Il montre que "la
fraude et la tricherie mettant en jeu la sécurité alimentaire"
est le second sujet d'inquiétude des européens pour 46%
des personnes interrogées (61% en Suède et 56% en France)
après la corruption. Ceci est très significatif et les
entreprises commercialisant des produits destinés directement
ou indirectement à la consommation humaine doivent se pénétrer
de cette obligation de sécurité ".
Guide du Gourmet : L'Institut Européen
de la Tracabilité Agroalimentaire devra probablement, pour jouer
un rôle proactif et crédible auprès des acteurs
des filières agricoles et agro-alimentaires, s'appuyer sur des
partenariats forts, notamment avec les organismes professionnels et
les pouvoirs publics. Pouvez-vous nous livrer votre plan d'action sur
ce point ?
Jean-Jacques MENNILLO : Oui,
ce serait sans doute très bien. Mais ce n'est pas vraiment le
cas encore. Notre fierté, aujourd'hui, c'est de dire : les entreprises
qui nous font confiance, sont de plus en plus nombreuses, ce sont des
PME, des exploitations agricoles, etc
Nous élaborons avec elles un plan d'intégration de la
traçabilité dans leur gestion. Cela nous le faisons en
proposant des méthodes simples, peu coûteuses et accessibles
à tous.
Nous avons identifié 15 segments différents dans l'agroalimentaire,
nos fiches pratiques sont en très bonne voie d'élaboration
et elles s'enrichissent chaque jour des commentaires e suggestions de
nos partenaires.
Après, nous les ferons agréer et si les grandes organisations
le veulent, elles pourront les utiliser ou s'en inspirer. Parallèlement,
notre projet de base de donnée progresse et une partie importante
des financements de base est déjà trouvée. C'est
cela la limite de nos prétentions actuelles
Guide du Gourmet : Vos vux pour 2004 ?
Jean-Jacques MENNILLO : "Mes vux pour 2004 sont
très simples.
Il y a quelques mois, j'évoquais la traçabilité
devant un monsieur qui avait été, il y a peu, un grand
chef d'entreprise de l'agroalimentaire. Il m'a répondu en forme
de conclusion de notre conversation : "tout cela Monsieur, c'est
bien
" mais il a ajouté immédiatement après
"mais je crois que ce sera pour nos petits enfants ! ". 10
jours après, le 12 décembre, les USA fermaient leurs portes
aux produits qu'il venait d'expédier. Alors mon souhait pour
2004, c'est de ne jamais plus entendre cela si nous voulons que notre
agroalimentaire reste le fleuron de notre commerce extérieur"
Interview recueillie par JP TROLY - Janvier 2004
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