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L'Union Fédérale des Consommateurs (UFC), qui publie le mensuel QUE CHOISIR, fait partie des 18 associations indépendantes de consommateurs agréées au plan national. L'UFC QUE-CHOISIR, c'est aujourd'hui 180 associations locales, plus de 100 antennes décentralisées et 80 000 adhérents. Nicolas LARMAGNAC est Directeur du Développement et de la Communication de l'UFC QUE-CHOISIR. Sa mission principale est de relayer en direction des pouvoirs publics, des professionnels et des médias, les avis et les prises de positions adoptés par le Conseil d'administration de l'association. Son champs d'action comprend la France mais aussi l'International et en particulier l'Europe. Interview

Guide du Gourmet : Comment analysez-vous l'évolution de la qualité des produits alimentaires industriels de grande consommation depuis 10 ans ?Globalement, peut-on constater de réels progrès en terme d'innocuité de
ces produits pour le consommateur ?

Nicolas Larmagnac : ''Incontestablement, la qualité sanitaire des produits alimentaires industriels s'est améliorée depuis 10 ans et on peut dire qu'aujourd'hui, ils n'ont même jamais été aussi sains. Malgré tout, les
consommateurs perçoivent encore cela différemment et ce, essentiellement à cause des scandales alimentaires type "vache folle" ou "dioxine" et qui ont jeté le doute sur la qualité de l'alimentation en général.
Il convient cependant de préciser qu'en ce qui concerne la qualité nutritionnelle et organoleptique des aliments, l'ajout de graisses, de sels ou de sucres par exemple n'est pas sans poser certains problèmes liés notamment aux carences nutritionnelles, à l'obésité ou aux allergies. En fin de compte, si danger il y a, c'est sur le long terme qu'il convient de raisonner. Par exemple, quelle est la part de responsabilité de l'alimentation actuelle dans le déclenchement de maladies cardio-vasculaires ou de cancers ?''

Guide du Gourmet : Justement, dans le numéro de ''QUE CHOISIR'' de mars, vous montrez
du doigt la consommation excessive de produits sucrés...

Nicolas Larmagnac : ''Le lobby du sucre est un lobby très puissant. Ainsi, on a découvert que mettre du sucre dit ''rapide'' dans certains aliments, particulièrement ceux destinés à une consommation ludique, créait chez
les enfants, d'abord une relation de satisfaction, ensuite une relation de dépendance par rapport au produit sucré. Nous avions invité le Centre d'Etude de Documentation du Sucre (CEDUS) à venir débattre avec
nous sur le sujet au dernier salon de l'agriculture. Ils ont refusé.''

Guide du Gourmet : Autre sujet d'interrogation, l'agriculture raisonnée. Face aux enjeux environnementaux à venir, quelles conditions l'agriculture raisonnée devra remplir pour espérer remplacer à terme le modèle agricole conventionnel ?

Nicolas Larmagnac : ''L'agriculture raisonnée, c'est une des réponses à l 'enjeu majeur de prise en compte de l'environnement par les modes de productions agricoles.C'est le seul outil qui permettra de dire, lorsqu'il y aura une majorité d'exploitations qualifiées en agriculture raisonnée, ''le monde agricole se préoccupe véritablement de ces problèmes maintenant ! ''.
L'agriculture raisonnée doit se développer sous l'égide de la légitimité et de la crédibilité. En cela, elle devra bénéficier de l'adhésion de l'ensemble du monde agricole et le processus de qualification devra être
contrôlé par des organismes certificateurs indépendants. Les dossiersd'agréments de ces organismes sont d'ailleurs en cours de préparation.''

Guide du Gourmet : Concernant l'agriculture biologique, comment percevez-vous son évolution dans les
prochaines années ?

Nicolas Larmagnac : ''Nous nous satisfaisons évidemment de la démocratisation du BIO !
L'agriculture biologique est un élément moteur d'une meilleure prise en compte de l'environnement. L'agriculture biologique cristallise pour les consommateurs une véritable plus value en matière de qualité. Sur ce point, le débat est ouvert car il reste des éléments à vérifier concernant la qualité sanitaire de certaines productions biologiques.
Ainsi, je pense que le BIO se développera véritablement lorsque d'une obligation de ''moyens'' , on passera à une obligation de ''résultats''. Ceci étant, on peut raisonnablement penser que d'ici à 5 ans, le BIO représentera 4 à 5 % de la consommation totale alimentaire en France.''

Guide du Gourmet : En ce qui concerne la ''vache folle'' et les maladies animales spongiformes transmissibles en général, pensez-vous que les risques sont aujourd'hui derrière nous ?

Nicolas Larmagnac : ''En matière de maladie à prion, on peut dire sans détour que le plus dur est passé. Concernant l'encéphalopathie spongiforme bovine, les mesures de précaution actuelles liées notamment au retrait des matériaux à risque spécifiés et à l'interdiction des farines animales, doivent être évidemment maintenues. A l'UFC, nous restons et resterons extrêmement vigilants sur l'évolution de ce dossier particulièrement sensible pour les consommateurs comme vous le savez.''

Guide du Gourmet : Un dernier mot sur les OGM. La levée du moratoire sur de nouvelles cultures expérimentales est en cours de discussion à Bruxelles. Quelle est la position de l'UFC QUE CHOISIR sur ce point ?

Nicolas Larmagnac : ''La levée du moratoire ne peut intervenir que si toutes les conditions encore en suspend sont adoptées par voie réglementaire ! Ainsi, les seuils n'ont toujours pas été validés, le texte sur l'étiquetage n'est toujours pas passé en deuxième lecture au Parlement. Il faut une directive sur l'étiquetage et la traçabilité qui soit enfin claire et par conséquent, qui n'induise pas en erreur les consommateurs.
Ensuite, il convient de s'interroger sur les protocoles d'évaluation des OGM. Les autorisations de mise en marché ne doivent être données qu'après une évaluation réelle de ces produits sur l'environnement et la santé
humaine. Nous dénonçons aussi la présence de marqueurs antibiotiques. Mais, soyons clairs : actuellement, tous les consommateurs mangent des OGM sans le savoir ! Des bateaux transportant du sojas transgénique et provenant d'Amérique du nord ou d'Argentine, continuent de livrer leurs cargaisons en Europe. Une chose est certaine, les consommateurs européens, dans leur immense majorité, ne veulent pas d'OGM.''

Propos recueillis par J-P TROLY
Septembre 2003

 

 

 
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